On le sent partout : dans les médias, dans le discours politique, sur les réseaux sociaux, même dans la rue. La droite et l’extrême-droite, sinon le fascisme, sont depuis longtemps en pleine effervescence, ici comme ailleurs. Bien que le phénomène ne se manifeste pas exactement de la même façon partout sur la planète, rares sont les sociétés qui y échappent.
Il y a des endroits où cela se passe de manière ouverte, assumée : en Argentine, en Hongrie, aux États-Unis, par exemple. Les leaders et partis politiques n’y dissimulent pas leur volonté de discriminer à l’endroit de certains groupes de la population, en particulier les femmes, les personnes migrantes et appartenant à la communauté 2SLGBTQ+. Des moyens sont explicitement mis en place pour leur nuire et pour nourrir la discrimination à leur endroit : ICE au sud de la frontière, les sorties antiféministes et anti-avortement de Javier Millei, les lois LGBTQphobes du gouvernement Orban. Les exemples abondent.
Ailleurs, notamment dans la majorité des pays européens, la montée de l’extrême-droite se manifeste par la présence de partis qui s’affichent ouvertement comme tels au parlement, voire au sein de coalitions de gouvernement. Les discours anti-féministes, LGBTQphobes, pro-capitalistes et racistes ont droit de cité dans la vie politique et l’influencent. Ils s’accompagnent souvent de discours militaristes, autoritaires et réactionnaires. La présence de l’extrême-droite dans la vie politique européenne est depuis longtemps acquise, et prise pour acquise. Il n’en reste pas moins qu’elle s’est affirmée davantage dans les dernières années. Cette situation est très inquiétante.
Au Canada et au Québec, les choses sont un peu différentes. Il est encore de mauvais ton pour les partis politiques de tenir des discours trop éloignés du centre. Mais dans les faits, les politiques mises de l’avant, autant par le gouvernement fédéral que par le gouvernement provincial, sont tout à fait en phase avec la tendance internationale vers l’extrême-droite : adoption de lois pour affaiblir la société civile (PL 1, 2 et 3 au Québec, entre autres), attaques contre les syndicats et les groupes communautaires, lois et règlements pro-capital, renforcement des mesures de contrôle et de surveillance (C-2), mesures anti-immigration, etc. Au Québec, la volonté du gouvernement Legault de mettre la société civile au pas est flagrante, et se trouve au cœur de son projet de loi constitutionnelle de « constitution québécoise » d’ailleurs décrié de toutes parts. Le fait que le PQ adopte lui aussi une posture de droite forte dans plusieurs dossiers (grève à la STM, immigration, laïcité) montre encore une fois de quel côté le vent souffle. La vague de fond réactionnaire est bien implantée ici aussi, et il apparaît clairement que les politiciens sentent qu’ils peuvent la surfer à leur avantage.
Ajoutons à cela que cet enlignement à droite de la sphère politique libère la parole des éléments les plus régressifs de la population. Il les incite à exprimer haut et fort leurs préjugés racistes, anti-féministes et masculinistes, anti-syndicaux, ce qu’ils n’hésitent pas à faire.
Que faire de tout cela? La conjoncture paraît bien sombre. Néanmoins, il reste l’espoir de faire ressortir à qui profite cette montée de l’extrême-droite. Ce sont les riches et les puissants qui en bénéficient, au détriment de l’ensemble de la population. En recadrant le débat en termes de classes et d’inégalités sociales, nous pourrons rendre claires les raisons pour lesquelles on cherche à nous diviser et nous contrôler. C’est en bout de ligne une question de pouvoir politique et social.
Pour ATTAC-Québec, l’éducation populaire a toujours été conçue comme un puissant moteur de changement. Le fait d’éveiller les consciences, de faire la lumière sur des phénomènes obscurs ne peut que contribuer à lutter contre la montée de la violence et de l’obscurantisme. Il faut ramener la discussion sur les véritables enjeux, et faire en sorte que la population ne tombe pas dans les pièges rhétoriques qui lui sont tendus par les riches, les puissants, et leurs représentant-e-s… et bien sûr continuer de nous mobiliser pour exprimer notre opposition aux politiques régressives et autoritaires!
Note:
Bertrand Guibord est professeur de philosophie au Cégep Marie-Victorin. Il travaille maintenant comme président du Conseil central du Montréal métropolitain–CSN (CCMM-CSN), responsable politique des dossiers éducation et Diversité sexuelle et pluralité des genres. Il est membre du CA d’Attac Québec depuis plusieurs années.

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