- L'Aiguillon - no 76 - Janvier 2026
Extrême-droite/fascisme, ces termes sont omniprésents dans notre univers médiatique actuel. Comment les comprendre et surtout comment résister à ce courant qui se manifeste partout sur la planète sous des formes différentes. La question posée à différents auteurs a suscité tant de réponses que ce numéro est exceptionnellement long. Ils ont choisi d’analyser ces phénomènes en privilégiant la compréhension et les stratégies de résistance. Une membre a privilégié une forme très spéciale – un slam – pour répondre à la question que nous avons posée. Un regard poétique, mais les mêmes enjeux et l’action collective pour y faire face.
Dans le billet du CA, pour Bertrand Guibord, la droite et l’extrême-droite, sinon le fascisme, sont en pleine effervescence partout sur la planète. Bien que le phénomène ne se manifeste pas partout de la même manière, parfois de façon assumée et ouverte, parfois de façon moins visible, mais rares sont les sociétés qui y échappent. Au Canada et au Québec, il est encore de mauvais ton de tenir des discours trop éloignés du centre, mais les politiques et les lois adoptées montrent une vague de fond bien installée. Plus que jamais Attac doit exprimer son opposition à ces politiques régressives.
Peut-on parler de « fascisme tranquille »? L’expression semble paradoxale tant elle est associée à la violence politique. C’est la question que pose Jonathan Durand Folco[1]. Un retour historique montre que le fascisme n’apparaît pas soudainement, mais par un processus historique qui s’adapte aux conjonctures et aux contextes locaux. Avant que le régime autoritaire ne s’installe, on observe des mécanismes, des symptômes et des stades préalables. En réponse à une question sur la situation du Canada et du Québec, il semble qu’ils soient passés du stade 1 au stade 2 dans les 20 dernières années. Comment résister? La reconstruction des liens sociaux est au centre de toutes les stratégies de résistance.
Dans son compte rendu de la conférence de Maryse Potvin, Katrina Radovanovic[2] analyse l’évolution cyclique des groupes porteurs d’idées d’extrême-droite au Québec. Les événements importants (échec des référendums, polémiques autour de la Charte des valeurs et laïcité, etc.) créent des « fenêtres d’opportunité » où les inquiétudes culturelles et politiques se cristallisent. Elle analyse les trajectoires qui mènent des individus à adhérer à ces mouvements et surtout le rôle fondamental que jouent les réseaux sociaux qui favorisent l’immédiateté, les émotions et le brouillage des informations objectives.
L’article de Sébastien Burdalski se centre sur la dérive fascisante de l’administration Trump dont nous ne voyons que la pointe de l’iceberg. Ce projet fasciste est pensé et financé par des milliardaires et mis en place par des politiciens. Il se résume en un mot « techno-fascisme », alliance de la technologie (principalement celle de la Silicon Valley) et du fascisme, caractérisé par l’autoritarisme et l’anti-démocratie alliés à la lutte civilisationnelle. Ces « nouveaux visages du fascisme » rejouent la vieille recette du fascisme au service du capital.
Cédric Leterme fait un retour sur les élections tenues en Belgique en 2024 pour prendre le pouls de sa situation dans la vague réactionnaire qui déferle sur la planète. Au Nord, traditionnellement plus à droite, la crainte de voir l’extrême-droite augmenter son pouvoir ne s’est pas manifestée. Dans la partie francophone – traditionnellement de tendance social-démocrate – s’observe une droitisation en phase avec la dynamique européenne et mondiale. Constat qui doit être nuancé par les nombreuses et violentes manifestations de rejet des politiques antisociales mises en place par la droite.
Pour Claude Vaillancourt, même si le Québec semble à l’abri des courants extrêmes, ces tendances posent un défi à Attac. De sérieux effets de contagion s’observent dans plusieurs domaines, notamment l’environnement. Comment agir? Quelle orientation pour le mouvement social? Se lancer dans un populisme de gauche ou tenir tête comme nous l’avons toujours fait? Demeurer vigilant, ne jamais se résigner, toujours combattre et ne jamais abandonner s’impose plus que jamais.
Dans un long article Jeanne Gendrault apporte une réponse aux questionnements que posent Claude Vaillancourt par une analyse « du populisme de gauche » comme stratégie de lutte contre l’extrême-droite. Implanter une « hégémonie de gauche » nécessite de réaffirmer l’importance de l’action collective et du citoyen que le néolibéralisme a transformé en consommateur. Dans ce contexte, elle caractérise le populisme de gauche qui doit intégrer les « affects », les émotions dans la constitution des identités politiques à la capacité de raisonnement. Enfin, elle pose la question « Québec Solidaire est-il un parti populiste? ».
[1] Conférence donnée le 15 novembre 2025 lors de l’assemblée générale d’Attac,
[2] Idem
Par Hélène Sylvain
Voici le texte du slam d’Hélène Sylvain qu’elle nous a présenté en ouverture de notre Assemblée Générale Annuelle. Pour l’écouter cliquez sur le lien suivant : https://youtu.be/e5qbl8ktiVI?si=7EZHh5ybRLvQzl1x Les espèces envahissantesOccupent de... En savoir plus →
Par Bertrand Guibord
On le sent partout : dans les médias, dans le discours politique, sur les réseaux sociaux, même dans la rue. La droite et l’extrême-droite, sinon le fascisme, sont depuis longtemps en... En savoir plus →
Par Jonathan Durand Folco
L’expression « fascisme tranquille » peut sembler étrange et paradoxale. Le fascisme n’est-il pas précisément un régime politique violent et brutal, et donc un phénomène étranger à toute forme de tranquillité? Pourquoi... En savoir plus →
Conférence donnée par Maryse Potvin - Compte rendu par Katarina Radovanovic
1. Mise en contexte À l’AG d’ATTAC, la professeure Maryse Potvin, politologue et sociologue à l’UQAM, a présenté une analyse approfondie de la montée de l’extrême-droite au Québec. Son exposé... En savoir plus →
Par Cédric Leterme
Comme de nombreux pays à travers le monde, la Belgique était appelée à voter, en 2024, pour renouveler ses différentes instances de gouvernement. L’occasion d’y prendre le pouls de la... En savoir plus →
Par Claude Vaillancourt
La prise du pouvoir par l’extrême-droite dans plusieurs pays — dont le plus puissant au monde — pose d’importants défis. D’autant plus que même si elle ne dirige pas un... En savoir plus →
Par Jeanne Gendrault
Le mot « populisme » soulève bien des débats. Associé depuis des décennies à la droite et à ses extrêmes, beaucoup hésitent à considérer son utilité pour la gauche et les forces... En savoir plus →