Chloé Guillemette
Ce qui me donne de l’espoir ou du calme dans mon écoanxiété, c’est le pragmatisme. En effet, je suis une personne qui s’adapte à toute situation et qui est orientée vers l’action pratique. C’est de cette manière que j’occupe mon corps et mon esprit et que je sens le désir de me réveiller à 7h le matin même durant la fin de semaine. On m’attend quelque part pour une action citoyenne!
J’aime optimiser mes actions. L’action que je fais le plus c’est me déplacer. Je dois aller au boulot, faire mes courses, faire mon sport, voir mes amis, me rendre à mes comités, admirer le paysage et j’en passe.
Je me déplace en étant active! Je suis donc une cycliste! Une cycliste optimiste qui optimise. Quand je suis sur mon vélo, mes soucis sont loin et les meilleures idées surgissent. Je sens la liberté à cheval sur ma selle en ne cessant de pédaler vers un point B qui ne se limite pas qu’à se déplacer, mais à voyager. «Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer .»(Alexandra David Neel)
Qui est cet autre? Pour moi, c’est mon voisin, l’automobiliste qui me voit être heureuse sur bicyclette, l’adolescent qui m’entend chantonner, mon ami que je croise et qui partira à l’aventure avec moi pour un instant, un collègue qui me salue de loin. Il faut sortir pour rencontrer. Il faut être là où on est bien, moi je suis bien dehors. Je n’ai pas de contrôle sur cet extérieur et cela est peut-être anxiogène, mais avec mes 28 années vécues j’arrive à éprouver de la reconnaissance de mes expériences malgré les écorchures et les échecs. Je me trouve chanceuse de pouvoir tout simplement voyager dans mon quartier.
Un vélo c’est comme une automobile ça s’entretient. Heureusement l’entretien de ma santé cardiovasculaire se fait déjà dans le déplacement! Pour mon bolide, je me tiens dans les ateliers de vélo où j’y trouve enfin des gens comme moi. Pas nécessairement des écoanxieux, mais des amoureux des moments de transitions actifs et de leur moyen de transport!

Quand je me retrouve au «bike shop» au Cycle 7 se situant dans le Bâtiment 7 à Pointe-Saint-Charles, je me sens immédiatement accueillie. Je travaille sur ma bicyclette et je discute avec les autres bénévoles là pour m’aider lors de la période DIY qu’ils offrent durant la semaine. À force d’y aller, je me suis fait de nouvelles connaissances puis des amis. J’avais un besoin de communauté depuis un certain temps et on y a vite répondu! Les cyclistes aiment aussi les activités simples : pique-niquer au parc, écouter un film en groupe, des ballades improvisées. Des activités qui me donnent espoir en l’humanité, car elles sont simples et ne demandent pas de consommer ou de performer.
Je parlais de pragmatisme plus tôt, alors ce qui m’anime c’est de me mettre les mains à la pâte, les pieds sur les pédales et la tête dans un projet. J’ouvre les yeux le matin en sachant qu’une partie de mon énergie sera mobilisée à cette activité physique et cela me tire du lit et même si l’hiver est dans mon cœur parfois je me sens poussée à bien prendre soin de moi. J’irai parler à un ami, bouger, manger bien, m’impliquer.
Je suis enseignante dans une école secondaire et je sais qu’aux yeux de plusieurs élèves mon identité se définit par mes valeurs environnementales. En effet, ils savent que je suis cycliste, que je trie leurs déchets, que je prône la simplicité volontaire et que je déteste le gaspillage. J’ai même mis en place des activités environnementales autour du Jour de la Terre du 22 avril. Je me suis sentie remplie d’un sentiment de fierté et d’espoir, car j’étais le moteur de changement dans le petit village de 1600 personnes qu’est mon école. Nous compostons maintenant, car chaque midi quelques élèves et moi aidons les élèves à trier leurs déchets. Nous consignons! Je vais porter les canettes à vélo! Eh oui, un autre symbole d’espoir : LocoMotion. Des petites remorques s’attachant à la selle des vélos et permettant de traîner 100 livres de plaisir tout en restant carboneutre. Ces remorques je les avais conçues avec l’aide d’une équipe en or et les avais assemblées avec mon ancien amoureux, là aussi l’espoir y est. L’espoir qu’à seulement deux on peut faire déjà beaucoup.
Nous sommes dans un monde où l’amour a plusieurs formes et où même on la capitalise. Vivre à deux représente un avantage pour l’épicerie, le logement, mais aussi le soutien émotionnel. On ne vit pas toujours en couple, mais plus souvent en colocation. Cette relation avec quelques obligations et règles demande de se trouver de l’espace. La mienne ne peut se limiter à ma chambre, alors j’ai l’extérieur de l’appartement : je travaille sur ma cour et ma bicyclette m’y attend toujours pour explorer un nouveau coin de Montréal où carrément me rendre quelque part où je me suis invitée. Ma coloc a des valeurs environnementales très admirables et vit simplement. Savoir qu’à deux on lutte ensemble et que nous influençons nos vies et celles de ceux qui nous entourent me donnent de l’espoir.
En bref, déplacements actifs heureux, amitiés de communauté, impact sur ma communauté et relations significatives me donnent de l’espoir.
Chloé est Verdunoise depuis 8 ans quand elle est venue faire ses études en enseignement des mathématiques. Elle s’implique dans des mouvements citoyens depuis que son ancienne flamme lui a présenté le Bâtiment 7. Et les rencontres ont continué et les implications aussi en passant par Demain Verdun, LocoMotion, Le Détour et quelques autres pour finalement découvrir Attac Québec lors de la soirée gala Lobby en 2025. Elle est membre observatrice et participe aux assemblées générales et soirées thématiques.

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