Antoine Tantin et Léa Renaud
Écouter le slam :
Imperceptiblement, le monde se décolore, et dans la fadeur de la bienséance, la haine s’envole une fois encore, dans une infernale déliance (ref).
C’est la violence de la bourgeoisie qui nous laisse béats. C’est quand les États nous attirent sous le feu des fumigènes et qu’ils accusent à tort les masses dans leur sempiternelles rengaines. C’est le peuple en anémie face au capital qui prend du gras. C’est les guerres à ciel ouvert, pour que le lointain capital prospère. C’est les peuples massacrés, mais dont les médias ne parlent jamais. C’est la virulence d’idées misanthropes, et les historiens qui font des syncopes. C’est le fascisme qui ressort d’un vieux placard oublié, et le masculinisme qui surfe sur la vague d’un passé fantasmé. C’est la méritocratie aux abois, et le peuple béat, qui garde le silence, mais refuse la sentence, des nombreux dénis, des droits des démocraties. Et c’est sans parler de l’environnement, mais mettons fin à cette énième litanie du désastre ambulant.
Car au cœur de ce chaos partout célébré subsistent quelques lueurs discrètes. Elles sont fragiles et presque intangibles, parfois même un peu distraites. Elles sont d’une belle simplicité et survivent avec la persistance des gens honnêtes. Ces halos furtifs se nourrissent de cette matière intangible qu’on ne trouve pas dans les réfectoires. Puisant sa source aux origines mêmes de l’espèce humaine, c’est une denrée rare ; un combustible inépuisable qui resurgit même dans les moments les plus noirs de l’Histoire. L’espoir… Ce sentiment dérisoire qui, même quand il ne semble plus y avoir d’échappatoire, te fait espérer survivre au cauchemar.
Ces lueurs que j’aperçois, c’est les étincelles de l’espoir allumant les mèches de la victoire. L’espoir se glisse dans tous les interstices du réel, pour nous rappeler que la vie est belle. Sans pages de Une ni majuscule, il opère à coup d’intentions minuscules et se nourrit de superflu. C’est le sourire d’un inconnu au coin d’une rue, ou le compliment d’un étranger, un cadeau verbal sans contrepartie cachée. C’est une mélodie incongrue, qui nous enchante, un éclat de rire impromptu ou une naissance attendrissante. C’est le gâteau d’un ami, une main sur une épaule démunie, une larme pour autrui, ou porter les courses d’une mamie.
L’espoir n’est pas composé de grands discours, mais de petites attentions sans tambours. Elles ne changent pas directement la politique, mais petit à petit, ce sont des fanfares qui résonnent aux oreilles des plus sceptiques. L’espoir ne nie pas la noirceur, mais il l’écarte malgré la peur. Il refuse la résignation totale et l’anesthésie d’un mal devenu banal.
Car pour que l’espoir fasse rage, il nous faut aussi du courage. Le courage de lutter contre la passivité et celui de résister. Le courage de refuser de se battre pour de “nobles” causes avilissantes, et d’éconduire toutes ces guerres si sanglantes. Le courage de parler à des étrangers, et d’admettre leur humanité. Le courage d’admettre ses erreurs et de sortir de la torpeur. Le courage de résister à la haine et de communiquer ses joies ou ses peines. L’espoir unit les cœurs avant les causes, et le courage de la probité est le plus grandiose. L’humanité avance vers la vertu et la lumière, et même si elle trébuche tous les trois pas dans la misère, les bourgeons fleurissent après les plus terribles hivers.
Alors, gardez espoir et faisons fructifier la frustration, pour faire entendre nos voix à l’unisson, et suivons l’exemple de ce poète, qui après l’amputation relève encore la tête. Et à tous les acteurs de l’espoir, je vous souhaite le bonsoir.
Invictus (1888) – William Ernest Henley
traduction française
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé.
En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur.
Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Antoine Tantin est membre du CA d’Attac Québec depuis 2024, il interroge les inégalités de richesses et les mécanismes de redistribution. Esprit analytique et curieux, il y mêle une touche de poésie rebelle dans sa quête pour un monde plus juste.

Léa Renaud: Engagée avec une force tranquille qui transforme sans bruit et soutient sans bravades, Léa est dynamique, lumineuse et rêveuse. Révélée sur la scène du slam de Montréal en 2025, elle déploie une plume sensible et imagée dont la douceur nous berce malgré la difficulté des sujets évoqués.

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